EURL ou SASU : choisir sa société unipersonnelle
Mis à jour le 16 juillet 2026 — barème et règles en vigueur à cette date
Sommaire
L’EURL et la SASU sont les deux formes de société adaptées à un entrepreneur qui souhaite exercer seul, avec une responsabilité limitée à ses apports. Choisir entre elles ne se réduit pas à une question de formalité: le régime social du dirigeant, la fiscalité des bénéfices et la trajectoire envisagée pour l’entreprise changent radicalement d’une structure à l’autre.
En bref: L’EURL est une SARL constituée d’un seul associé, imposée par défaut à l’impôt sur le revenu, dont le gérant relève du régime des travailleurs non-salariés. La SASU est une SAS à associé unique, imposée à l’impôt sur les sociétés, dont le président est affilié au régime général comme assimilé salarié. Le choix entre les deux dépend principalement de votre niveau de rémunération, de votre besoin de protection sociale et de vos projets d’évolution.
Quelle est la différence de statut social entre gérant d’EURL et président de SASU ?
C’est souvent le point qui fait basculer la décision. Le gérant associé unique d’une EURL, lorsqu’il perçoit une rémunération au titre de son mandat, relève du régime des travailleurs non-salariés (TNS). Concrètement, il cotise auprès de la Sécurité sociale des indépendants. Le taux global de cotisations sociales est sensiblement inférieur à celui du régime général, souvent autour de 40 à 45 % de la rémunération nette, contre environ 70 à 80 % pour un assimilé salarié, ce qui permet de dégager plus de rémunération nette à coût équivalent pour la société.
Le président associé unique d’une SASU, à l’inverse, est affilié au régime général de la sécurité sociale en tant qu’assimilé salarié dès qu’il perçoit une rémunération. Il bénéficie ainsi d’une couverture identique à celle d’un salarié classique: indemnités journalières maladie, assurance vieillesse du régime général, cotisations retraite complémentaire Agirc-Arrco. La contrepartie, c’est un coût de charges sociales nettement plus élevé. Pour un même net perçu, l’enveloppe de charges supportée par la SASU est bien supérieure à celle d’une EURL.
Un point souvent négligé: si le président de SASU ne se verse aucune rémunération, il ne cotise pas et n’acquiert donc aucun droit à la retraite ni aucune couverture maladie. Le gérant TNS d’une EURL, lui, cotise sur une base forfaitaire minimale même sans rémunération, ce qui lui ouvre des droits minimes mais réels.
Comment la fiscalité des bénéfices diffère-t-elle entre les deux structures ?
Par défaut, les bénéfices de l’EURL dont l’associé unique est une personne physique sont soumis à l’impôt sur le revenu (IR), selon la catégorie correspondant à l’activité: bénéfices industriels et commerciaux (BIC) pour une activité commerciale ou artisanale, bénéfices non commerciaux (BNC) pour une activité libérale. L’associé unique est imposé en son nom propre sur l’intégralité du bénéfice de la société, et sa rémunération n’est pas déductible, elle est simplement intégrée dans le résultat taxable. En cas de déficit, celui-ci vient en déduction du revenu global de l’associé la même année, avec un report possible sur les six exercices suivants.
La SASU relève de plein droit de l’impôt sur les sociétés (IS). Le taux réduit de 15 % s’applique sur la fraction de bénéfice jusqu’à 42 500 €, à condition que le chiffre d’affaires hors taxes soit inférieur à 10 millions d’euros et que le capital soit entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques. Au-delà de 42 500 €, le taux normal de 25 % prend le relais. La rémunération versée au président est déductible du résultat imposable, ce qui réduit l’assiette de l’IS.
L’EURL peut toutefois opter pour l’IS, sur demande notifiée au service des impôts des entreprises avant la fin du troisième mois de l’exercice concerné. Cette option est réversible jusqu’au cinquième exercice suivant celui au titre duquel elle a été exercée; passé ce délai, elle devient irrévocable. L’inverse n’est pas possible: une SASU ne peut pas opter pour l’IR au-delà des cinq premières années.
EURL ou SASU: que change le régime micro-fiscal ?
Une EURL dont l’associé est une personne physique peut, sous certaines conditions de chiffre d’affaires, relever du régime micro-fiscal, micro-BIC ou micro-BNC, et bénéficier d’obligations comptables et déclaratives allégées. Pour les exercices 2026, 2027 et 2028, les seuils fixés par l’article 50-0 du Code général des impôts sont de 203 100 € pour les activités de vente, et de 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales. En dessous de ces plafonds, le chiffre d’affaires est simplement reporté sur la déclaration de revenus (formulaire n° 2042-C-PRO), sans liasse fiscale.
La SASU, elle, est soumise à l’IS dès le premier euro de bénéfice, avec les obligations comptables et déclaratives qui vont avec, quel que soit son chiffre d’affaires. Il n’existe pas pour elle de régime simplifié comparable au micro-fiscal de l’EURL. Cela signifie une comptabilité complète, un bilan annuel, un dépôt de comptes au greffe, autant de contraintes qui peuvent représenter un coût non négligeable en honoraires comptables pour une structure débutante ou à faibles revenus.
Quel tableau comparatif entre EURL et SASU ?
| Critère | EURL | SASU |
|---|---|---|
| Régime social du dirigeant | TNS (Sécurité sociale des indépendants) | Assimilé salarié (régime général) |
| Niveau de charges sociales | Plus faible (environ 40-45 % du net) | Plus élevé (environ 70-80 % du net) |
| Fiscalité des bénéfices par défaut | Impôt sur le revenu (IR) | Impôt sur les sociétés (IS) |
| Option fiscale possible | Option IS possible (reversible jusqu’au 5e exercice) | IS uniquement (pas d’option IR au-delà de 5 ans) |
| Régime micro-fiscal | Possible (seuils micro-BIC/BNC) | Non applicable |
| Déductibilité de la rémunération du dirigeant | Non déductible à l’IR (intégrée au bénéfice) | Déductible du résultat soumis à l’IS |
| Capital social minimum légal | Aucun (1 € possible) | Aucun (1 € possible) |
| Évolution vers une société pluripersonnelle | Transformation en SARL | Transformation en SAS (plus simple) |
Formalités de création: sont-elles vraiment comparables ?
Les deux structures exigent la rédaction de statuts, le dépôt d’un capital social sur un compte bloqué, une publication dans un journal d’annonces légales et l’immatriculation via le guichet unique électronique opéré par l’INPI sur formalites.entreprises.gouv.fr. Les CFE et les dépôts directs au greffe n’existent plus depuis le 1er janvier 2023: toutes les formalités passent désormais par ce portail unique.
Sur la forme, la SASU offre une liberté statutaire plus large que l’EURL. Les statuts d’une SAS peuvent organiser librement le fonctionnement de la société, les règles de prise de décision, la répartition éventuelle des pouvoirs. L’EURL est davantage encadrée par les règles impératives de la SARL. Dans la pratique, pour une structure unipersonnelle, cette différence est souvent secondaire, l’associé unique décide seul de tout dans les deux cas. Là où l’écart devient concret, c’est lors d’une ouverture future du capital: intégrer de nouveaux actionnaires dans une SAS est beaucoup plus souple que dans une SARL, notamment pour les pactes d’actionnaires et les mécanismes d’intéressement (bons de souscription de parts de créateur d’entreprise, stock-options). Si vous envisagez une levée de fonds ou l’entrée d’un investisseur, la SASU est structurellement mieux adaptée.
Les deux sociétés impliquent également le dépôt des comptes annuels au greffe du tribunal de commerce, ainsi qu’une comptabilité en bonne et due forme. Côté coûts de création, comptez généralement entre 200 et 500 € de frais fixes (annonce légale, immatriculation), auxquels s’ajoutent les honoraires de rédaction des statuts si vous passez par un professionnel.
Pour quel profil l’EURL est-elle plus adaptée ?
L’EURL convient particulièrement aux entrepreneurs qui souhaitent maximiser leur rémunération nette à court terme, notamment grâce aux charges TNS plus légères. Un artisan, un commerçant ou un prestataire de services dont l’activité génère des bénéfices modestes à moyens trouvera souvent dans l’EURL un cadre fiscal simple, surtout tant que le chiffre d’affaires reste sous les seuils du micro-BIC ou micro-BNC. La transparence fiscale à l’IR signifie également que les déficits des premières années s’imputent directement sur le revenu global, un avantage réel si le foyer fiscal dispose par ailleurs d’autres revenus.
L’option pour l’IS reste disponible si l’activité monte en puissance et que la capitalisation des bénéfices devient intéressante. Attention cependant: une fois l’option exercée et le délai de cinq exercices dépassé, le retour à l’IR est impossible. Cette irréversibilité mérite d’être pesée avant de cocher la case.
Dans quels cas la SASU s’impose-t-elle ?
La SASU attire les entrepreneurs qui valorisent une couverture sociale complète, proche de celle d’un salarié, et qui sont prêts à supporter un coût de charges plus élevé en contrepartie. Un cadre qui quitte le salariat et souhaite conserver une protection comparable, indemnités journalières, retraite complémentaire Agirc-Arrco, a un intérêt objectif à opter pour la SASU plutôt que de basculer vers le statut TNS.
Elle s’impose aussi dès que le projet implique une montée en capital ou l’entrée d’investisseurs. La flexibilité statutaire de la SAS, sa compatibilité avec les mécanismes d’intéressement en capital et la facilité de transformation en SAS pluripersonnelle en font la structure de référence pour les start-up et les projets à forte croissance. Enfin, si l’associé unique de la structure est une personne morale (une holding, par exemple), l’IS s’applique de toute façon à l’EURL comme à la SASU, la différence de régime par défaut s’efface, et c’est davantage la flexibilité organisationnelle qui oriente le choix.
Questions fréquentes
Une EURL peut-elle devenir une SASU ?
Non directement. Une EURL peut être transformée en SARL (si de nouveaux associés entrent) ou évoluer vers d’autres formes, mais la transformation directe en SASU n’est pas une opération standard. En pratique, passer d’une EURL à une SASU implique une transformation de la forme juridique, avec des conséquences fiscales et sociales à anticiper avec un conseil.
Le président de SASU a-t-il droit aux allocations chômage ?
Non. Bien que le président de SASU soit affilié au régime général comme assimilé salarié, il ne cotise pas à l’assurance chômage et n’a donc pas droit aux allocations de France Travail en cas de cessation d’activité, contrairement à un salarié classique.
Peut-on créer une EURL ou une SASU sans capital minimum ?
Oui. Aucun capital minimum légal n’est imposé pour l’EURL ni pour la SASU, 1 € suffit formellement. Mais un capital trop faible peut nuire à la crédibilité de la société auprès des banques et des partenaires commerciaux. Un capital cohérent avec les besoins réels de démarrage reste recommandé.
Le gérant d’EURL peut-il cumuler avec une activité salariée ?
Oui, sous réserve de vérifier l’absence de clause d’exclusivité dans le contrat de travail salarié. Le gérant associé unique d’une EURL peut exercer simultanément une activité salariée dans une autre entreprise, ses revenus de chaque source étant déclarés séparément.
L’option IS de l’EURL est-elle vraiment irrévocable après cinq ans ?
Oui. Selon l’article 239 du Code général des impôts, l’EURL peut renoncer à son option pour l’IS jusqu’au cinquième exercice suivant celui au titre duquel l’option a été exercée. Passé ce délai sans renonciation, l’option devient définitivement irrévocable, et tout changement ultérieur serait assimilé par l’administration à une cessation d’activité.
Sources
Sources consultées le 16 juillet 2026.
Informations vérifiées à cette date ; des évolutions ultérieures sont possibles. Vérifiez auprès de la source officielle.
- www.impots.gouv.fr/professionnel/questions/je-souhaite-opter-pour-limpot-sur-les-societes-suis-je-oblige-de-changer-de
- www.impots.gouv.fr/professionnel/questions/je-cree-une-eurl-de-quels-impots-serai-je-redevable